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Les bombardements de 1944
SOUVENIRS DES EVENEMENTS SURVENUS BOHARS
DU LUNDI 7 AOUT AU JEUDI 7 SEPTEMBRE 1944

par F. JEZEQUEL, recteur de Bohars

Le lundi 7 août, lendemain du pardon de Bohars, l'autorité a signalé qu'il fallait songer a partir, étant donné l'arrivée tout près de nous des Américains.

Le mercredi 9 au soir, vers 6 heures, j'étais prévenu que Louis Mao, de Guillermic, avait été grièvement blesse par un éclat d'obus. J'y suis allé immédiatement l'extrêmiser, mais je n'ai pu revenir au presbytère, personne ne pouvant circuler à partir de 7 heures. La victime, transportée le lendemain matin a Saint-Renan dans une clinique, a succombé presque immédiatement. Dans le courant de la semaine beaucoup de paroissiens ont évacué; je puis dire presque tous. Quatre des religieuses sont parties le vendredi 11. La supérieure, Soeur Saint Jean Baptiste et Soaz ma " karabassenn" le samedi.

Lundi 14 août. En allant dire la messe, j'ai constaté que la grande porte du presbytère a été abattue par les boches. Aujourd'hui une foule de Brestois, obligés d'évacuer Brest et qui ont couché dans les abris de Bohars, sont en route dans la direction de Saint-Renan surtout. Ils avaient hier reçu l'ordre de partir: comme ils étaient tristes!! Plusieurs étaient sans provisions et avaient faim. J'ai distribué tout ce qui m'avait été confié pour venir a l'aide des prisonniers et cela a rendu grand service aux voyageurs forcés.

Le dimanche, 13 août et Le 15 août j'ai maintenu comme d'habitude les messes de 8 heures et de 11 heures, mais celles de 11 heures n'ont pas été chantées : d'ailleurs il y avait alors moins de fidèles qu'à 8 heures.

Mardi 15 et mercredi 16 août. Les maisons abandonnées ont toutes été pillées. J'avais moi même reçu plusieurs visites: heureusement je n'avais pas quitté le presbytère et à ma vue les visiteurs boches sortaient. Apres la démarche de l'amiral Exelmans auprès du commandant qui réside chez lui, fort heureusement toutes les portes des habitations ont été fermées jeudi matin. Mais la cessation du pillage n'a pas duré longtemps. D'assez forts bombardements ont lieu tous les jours et de ma chambre, qui domine la région, je vois les immenses dégâts qui en résultent, surtout depuis Saint-Louis jusqu'à Saint-Pierre.

Samedi 19 août. Ainsi donc depuis une huitaine de jours, presque tous les paroissiens sont partis. D'après mon calcul, il en reste environ, au lieu de 700, au maximum 100. Où sont-ils ? Que font-ils? Où logent-ils, les évacués ? Quant a moi, je suis seul depuis une semaine au presbytère. Pendant quelques jours j'allais demander certains objets pour mes repas; ou bien d'un autre coté, les familles de Kerglos, de Pennarguear, les Salaun, Le Verge et Calvarin m'ont rendu des services immenses que je ne pourrai oublier. Mais hier, vendredi 18, j'ai tenu à faire seul ma cuisine (sauf le café que je prends chez Mme Trebaol, à Pennarguéar). Je m'en tire très bien, grâce à mon dictionnaire de cuisine de famille. Les paroissiens partis doivent bien regretter leur départ. Mais comme ils ont eu raison malgré les pillages qui ont été faits chez eux. Mon chat, à qui je n'ai pas grand chose à donner (plus de lait, etc.) est bien attaché à son vieux patron. Nous avions été tous invités a quitter Bohars (sauf 1es cultivateurs). Tout est d'un calme extraordinaire dans notre région: jamais rien de comparable. Personne ne passe sur les routes. Aucun bruit. Hier soir j'ai reçu la visite d'un personnage allemand, à qui j'avais demandé de faire cesser le pillage chez M. Branellec. Le personnage que j'ai vu me parait bien. On a beaucoup pillé dans les maisons abandonnées.

Dimanche 20 août. Aujourd'hui comme dimanche dernier, j'ai dit deux messes basses, à 8 heures et à 11 heures. Les personnes venues étaient nombreuses: mettons une centaine approximativement.

Jeudi 24 août. Hier ai enlevé une partie importante des draps et couvertures des Soeurs: les ai déposés au fond du jardin du presbytère. De même ai mis là et dans une chambre, des objets de chez Claude Lenaff, du bourg. Hier soir ai reçu la visite de deux allemands qui avaient été deux fois ici déjà et dont l'un connaît bien 1e français. Je me méfie d'eux : ne se doutent ils pas que j'ai caché ici, il y a une vingtaine de jours, un brestois, le fils de Mme Bellec, très recherché par eux ? Enfin, ils ont été très corrects ! La maison des Soeurs a été pillée, appelons cela numéro UN. Tout a été fouillé: tous les appartements, les classes, la cave… Depuis une heure au deux bombardement, sans doute sur les soldats allemands qui sont à Bohars. La grande chance que j 'ai, c'est que cela ne me fait rien: aucune impression. Je suis allé dans la chambre de la route pour voir le passage d'une voiture. Inutile de dire que les deux soldats poussaient le cheval avec une grande furie,.. Quelque temps après, je vois un cheval, d'officier sans doute, conduit par un soldat: aux bombardements, celui-ci s'allonge par terre et le cheval s'est enfui tout seul ! Ce qui est certain, il est 2 h 20, le bombardement est fort. Quatre soldats allemands doivent sans doute attendre une attaque américaine, car je viens de les voir passer avec leurs armes et costumes de combat: prévenus probablement que les Américains arrivent, ils courent en vitesse et avec prudence. Le presbytère est secoué et j'en vois les traces. Il doit en être de même a l'église. Un certain nombre d'obus éclatent au-dessus du presbytère... Des officiers allemands, en auto, viennent de rentrer à Kerglos. Des eclats d'obus de taille, tombés sur le toit de l'église, ont fait des trous, brisé des vitraux... Il en est de même pour le toit du presbytère, mais moins. Dégâts importants. 9 heures du soir. Etant donné le bombardement très fort qui continue depuis midi ou 2 heures, il est mieux que Soaz et les Soeurs ne soient pas restées a Bohars... De même pour la masse des autres personnes... Il me semble que maintenant c'est Brest qui reçoit les bombardements. Prosper Salaun, maire de Bohars, homme excellent, est venu aujourd'hui voir les dégâts survenus a l'église et a la maison Guianvarc'h. Il est d'un courage extraordinaire dans la situation ou nous sommes. Le chat "Moutik", a une peur effroyable des bombardements; aussi l'extérieur, le jardin ne l'attirent plus: il ne quitte plus la maison. Je suis bien reconnaissant à l'abbé Louis Bihannic et à sa soeur qui sont venus aujourd'hui vers 2 heures, malgré le bombardement, me rendre le service de rapproprier la maison, laver les assiettes et préparer la soupe pour aujourd'hui et demain. 9 h1/2. Je vais dans mon lit après les prières du soir, pour lire l'histoire remarquable de La Ville marque, que l'amiral Exelmans m'a prêtée. Le tapage des canons, bombes, éclats d'obus est toujours terrible et cela a duré jusqu'à 6 heures du matin.

Vendredi 25 août. Bombardement continuel de 9 heures à midi. Vers 1 h 1/4, pendant mon repas, je grimpai pour voir où étaient les canons qui tiraient si fort. Les personnes parties ailleurs ont très bien fait, car le tir est formidable. Coups de canon continuellement. On tire probablement sur les tanks. Mais j'entends des mitraillettes, on tire au-dessus du presbytère dans les champs que je vois de ma chambre, près du jardin. Je crois donc que les Américains (2 heures moins le quart) sont dans Ie voisinage. Maison tremble terriblement. Que de dégâts! J'entends du presbytère ou de l'église bien des choses tomber. Les bombes ont éclaté si souvent en face du presbytère, que je ne vois pas bien au à peine la maison de Mme Calvarin. C'est la "brume" des coups de canon.
Deux heures moins dix. J'entends toujours des fusillades. Qui tire? Je ne le sais. J'entends filer près du presbytère, les obus : cela fait un bruit spécial. Il faut être présent ici pour savoir ce que c'est que le tapage des coups de canon. De la chambre sur la grand'route, j'entends très bien, du Tromeur sans doute, Ie bruit de la fusillade. Que de personnes qui doivent être à plaindre, j'ai l'impression de l'état terrible dans lequel elles se trouvent.
2 heures. Des maisons brûlent, à Saint-Pierre et Saint-Louis de Brest sans doute.
3 heures. Toujours bombardements tapageurs.
3 h 10. Un assez grand nombre d'avions de passage, mais invisibles. A Recouvrance, cela brûle. Les bombes ont l'air d'aller dans cette direction et vers Saint-Pierre.
3 h 30. Les mêmes avions sans doute qui reviennent de la direction au delà de Brest. Ils ont l'air d'aller (je n'entends que le bruit) dans la direction de Saint Pierre et au-delà.
Vers 4 heures moins le quart ils rentrent… toujours tapage. Les coups de fusils ou de mitraillettes du coté de Tromeur semble-t-il.
4 heures mains 10. Toujours des avions, mais que je ne puis voir: ils doivent être trop élevés.
5 heures exactes, bombe près du presbytère. II doit y avoir des soldats à proximité, car j'entends admirablement les coups de fusils et de mitraillettes. Le toit est très touché et le bombardement continue. Dans ma chambre pas mal de choses abattues, aussi je suis descendu dans la cave pour dire mon bréviaire et lire à la bougie. C'est extraordinaire peut-être que je n'aie pas été touché dans ma chambre par des éclats d'obus. Je trouve bizarre maintenant d'être dans la cave. Je coucherai ici sur un matelas avec draps et couvertures. Heureusement, grâce aux livres, je ne m'ennuie pas. J'entends très bien mitrailler en ce moment. A 7 heures exactement, mitrailleuses qui fonctionnent, probablement très près du presbytère. Impossible aujourd'hui de dormir dans ma chambre car tout est à refaire (lit, etc. couvert de plâtre) et la deuxième chambre, celle des confrères de passage, impossible de l'ouvrir.
7 h 20. Toujours tir des canons, et près du presbytère, coups de fusils. II y a des démolitions produites par le bombardement de 5 heures à l'abri des poulets: un coté abattu complètement.
8 heures moins le quart: coups de fusil a proximité.
9 heures. Je suis toujours dans la cave à lire l'histoire de La Villemarque et j'entends bien les coups de canon attaqués. A l'instant (9 heures) il y a des objets, sans doute du toit au d'un autre endroit du presbytère, qui dégringolent. Le coup du canon voisin fait un bruit terrible: cela doit être un canon énorme. Je l'entends presque toutes les minutes. Je n'entends plus des coups de fusil. Le presbytère, à 9 h 7, est un lieu de démolition. A la minute j'ai entendu bien des choses tomber. Dans cette cave, nouvelle chambre à coucher. J'y ai bien soupé, avec table, tout le nécessaire et bon appétit.
9 h 17. Terrible bombardement. Tout tombe ici. Heureusement que je suis dans la cave.
9 h 25. Grand canon très fort, qui chaque fois démolit quelque chose dans la maison: j'en entends le bruit.
10 heures moins le quart du soir. Je pense que malgré le bruit je vais bien dormir dans la cave.

Samedi 26 août. J'avais entendu un tapage effrayant pendant toute la nuit. Dégâts terribles, abominables a l'église, a la maison du fond du jardin et aux maisons du bourg.
9 heures. Allemands ou Américains passent sur la route en lançant des grenades ou mitraillettes. Quelques Instants après, c'était une trentaine d'Allemands qui passaient, rentrant a Pennarguear.
11 heures. Formidable bombardement. Des avions américains circulent depuis un bon moment, sans doute pour observer et aussi lancer des bombes... A ce moment, Mme Raymond a reçu un éclat d'obus et est morte une demi-heure après à Kerglos. Le jeune homme Corrigou a aussi été blessé à ce moment. La maison de Kerglos est bien abîmée. Une autre vache a été encore victime aujourd'hui du bombardement : cela arrive tous les jours à chaque instant. Depuis 5 h 1/4 les Américains circulent sans doute. J'étais heureusement à la cave ou je me crois a l'abri (mais la sécurité serait beaucoup mieux ailleurs a pressent). Des bombes sont tombées à proximité de la cave, car elle a été remplie de poussière. A un moment donné je ne voyais plus clair.
6 heures du soir. terrible bombardement depuis au moins une heure. Tout se démolit dans le presbytère : sur quoi vise-t-on ? Ayant entendu une cloche sonner, je suis allé à l'eglise. Je voyais très haut une échelle et à l'intérieur se tenait un soldat allemand qui y faisait du bruit.
A 8 heures moins 20, étant monté de la cave à la cuisine, j'ai constaté un nouveau malheur: L'école des Soeurs en flammes... La paroisse de Bohars est de plus en plus terriblement éprouvée.

Dimanche 27 août. Allé a l'église vers 8 heures pour dire la messe. Deux seules dames trop courageuses y assistaient : y venir, en effet, était au risque de leur vie et le devoir de chacun était de se tenir a l'abri. L'église était terriblement endommagée, le clocher était complètement abattu. J'avais entendu le bruit terrible de sa chute, une heure environ après avoir été hier soir a l'église. Mais ce bruit je ne pouvais deviner la cause; d'ailleurs j'y étais si habitue! Importants dégâts ont été faits également aux murs du presbytère et à l'intérieur. Impossible préparer la cuisine. De plus, grand malheur: toute la paille a été brûlée à Kerglos et la maison bien endommagée. La pauvre Mme Raymond, décédée hier, y a été brulée aussi. La maison de Pennarguear a été en partie demolie. Prosper Salaun a eu la bonté de venir me dire de ne pas rester au presbytère et de me retirer chez lui. J'ai apporte quelques petits colis avec moi, pas grand chose. Je suis donc venu au Beusit où l'on m'a donné une chambre.

Lundi 28 août. Cette nuit a été terrible. Dans la petite chambre de chez Prosper, ou je couchais, vers 10 heures du soir, trois éc1ats d'obus ont pénétré; l'un d'eux a trente centimètres de mon lit, a même traversé le bois et est tombé à la cuisine. Bombardement toute la nuit. Dans la matinée, je suis allé au presbytère prendre divers objets avec Louis Bihannic, son ami, professeur à 1a Croix-Rouge et Joseph Calvarin. On les a déposés, en partie, chez Le Verge et chez Salaun. Les vêtements de Soaz y ont été aussi transportés. Ce matin a été enterrée, dans le jardin de sa soeur, Mme Raymond, tuée samedi et brûlée hier: elle était réduite à rien. Après midi je suis allé extrêmiser, à Toullic-ar-Ran, un blessé grave, blessé par un éclat d'obus. On attend une ambulance chez Prosper pour prendre une jeune fille blessée par un éclat d'obus: Yvonne Troadec, de Traon-lez. Il a fallu l'obligeance d'un Allemand pour qu'elle soit conduite dans une clinique. Celui qui a été blessé ce matin, à Toullic-ar-Ran, est mort. J'irai demain a l'enterrement.

Mardi 29 août. Sont partis à l'hospice de Brest: Mme Simon, M. Raymond et Mme X., bonne a Kerguiouarn. A été enterre aujourd'hui, Emmanuel Guion, dans un jardin de Toullic-ar-Ran. Cette nuit a brûlé le manoir de Keramezec, de l'amiral Odend'hal. Comme Bohars est mal placé pendant la guerre M et Mme Odend'hal sont venus demander l'hospitalité a Prosper Salaun. Vers 4 heures, pendant mon passage au presbytère, le bombardement a très sérieusement endommagé la maison de Mme Salaun où, heureusement, personne n'était et brisé un assez grand nombre de carreaux des fenêtres du moulin. Chez Prosper, le bureau et la toiture au-dessus ont été très grièvement touchés. Apres ma visite au presbytère, ai été voir l'amiral Exelmans, qui est admirablement courageux chez lui. Il est en admiration (facile a comprendre) devant l'activité incomparable de Prosper, qui n'hésite pas devant les difficultés, pour rendre tous les services qu'il considère de son devoir, et même au delà. Aucun danger ne le fait hésiter à aller voir les blessés ou les morts et être utile. Il n'hésite devant aucune difficulté pour le transport des blessés qui peuvent être opérés à Lambezellec ou Brest. J'avais oublié de dire que, samedi dernier, la maison du fond du jardin du presbytère a été complètement brûlée avec tous les objets qui y avaient été déposés, surtout par des Brestois. Que de pertes. De même tous les draps de lits des Soeurs et autres objets de l'école que j'avais cru y mettre là en lieu sur.

Mercredi 30 août. Le docteur Brenugat est affecté à Bohars pour soigner les blesses ou les malades. On a fait une démarche pour permettre aux femmes et aux enfants de Bohars d'aller en lieu sûr et éviter le danger où nous sommes. J'ai accompagné l'amiral Exelmans et Prosper Salaun dans le bureau du commandant du secteur (cave du manoir de Kerampir). Mais celui-ci a fait répondre par son interprète que cela était impossible, car les Américains refusent toute suspension d'armes pour ne pas retarder leurs manoeuvres. Jeudi 31 août. Je suis allé ce matin dire la messe près du vieux moulin de Kerleguer, à la ferme de M. Hautin. Une cinquantaine de personnes ont reçu la sainte communion. Dans l'après midi je suis allé au Jardin du presbytère cueillir des poires. A ce moment, vers 4 heures, nouveau bombardement. Le moulin de Prosper a subi de nouveaux grands dégâts. Après-midi terrible, aussi Guillaume Lucas est venu, vers 7 heures du soir, voir Prosper pour lui faire part des immenses démolitions survenues dans sa ferme. II souhaiterait pouvoir rejoindre sa famille a Lannilis.

Vendredi 1er septembre. Premier vendredi du mois. Comme hier à Kerleguer, la cérémonie aujourd'hui a été édifiante au moulin. J'ai donc dit la messe dans une des salles de Prosper Salaun : je la dirai là tous les jours. II y a eu une quarantaine de communions. Guillaume Lucas est arrivé ce matin annoncer a Prosper qu'il a complètement abandonné sa ferme si dangereuse de Kerozan: abitée par les Allemands et pas bien loin des Américains. Les avions commencent à circuler depuis 9 heures. Bombardements formidables: c'est toujours la guerre. D'après Guillaume Lucas, ce matin, vers 6 h 1/2, i1 y a eu une petite rencontre ou attaque entre Américains et Allemands près de chez lui à Kerozan. Vers 10 h 1/2 ont été tués, à Kervao-Bras, deux excellentes personnes, dans l'accomplissement de leur devoir: le docteur Brenugat, arrivé mardi ici et Mlle Tanneau, infirmière volontaire. Presque immédiatement, parmi les braves venus à leur secours, il y a eu d'autres victimes et blessés. Joseph Bouguin et Paul Gestin ont été tués et deux blessés qui ont été conduits a l'hospice de Brest: Louis Richard, employé chez Le Verge et Jose Morera. Apres avoir su la nouvelle, je vais voir les victimes et les blessés chez eux. Puis, sur la route, le docteur Brenugat et MIle Tanneau. Le docteur était mort, mais pas Mlle Tanneau, grièvement blessée. Je cours immédiatement pour la faire mettre a l'abri, puis chez Le Verge. Albert, avec d'autres, la portent à la Brasserie.

Samedi 2 septembre. J'ai constaté ce matin le presbytère complètement abattu.

Dimanche 3 septembre. Ont été transportés à Brest des blessés d'avant-hier, Mme Villa et M. Rohel. Le Beuzit est maintenant très recherché par les Américains. Aujourd'hui la ferme des Abarnou est touchée, ainsi que celle des Cabon. J'ai été voir le moulin Jezequel: il l'a échappé belle; il a des dégâts assez forts. J'ai su aujourd'hui, par Guillaume Lucas, qu'on avait fait courir le bruit que j'avais été fusillé, ainsi que Prosper, à cause du soldat allemand tué je ne sais comment et qui a passé une journée complète à la sacristie il y a quelques jours. Je me souviens avoir demandé, jeudi dernier, au docteur Brenugat, neveu du chanoine Kerbrat, professeur au grand séminaire, arrêté par les Allemands depuis un certain temps, si son oncle avait été fusillé. II m'avait répondu que cela est faux, son oncle ayant été conduit dans une autre prison ailleurs. Prosper est d'une grande bravoure. Malgré le bombardement il a réalisé la conduite de Jean-Louis Cabon à Ponchelet. Les jours et les nuits sont terribles.

Lundi 4 septembre. J'ai été chargé par Prosper d'annoncer à M et Mme Tanneau le décès de leur fille. Le matin on m'a conseillé d'attendre l'après midi, mais l'après-midi bien des personnes m'ont prié de retarder l'annonce du décès.

Mardi 5 septembre. Nouveaux malheurs survenus. Ce matin, chez l'amiral Exelmans, trois victimes: à la cuisine, Therese Le Coat et, à quelques mètres de la maison, Mme Riou, femme du jardinier, et son enfant de deux ans. Prosper et moi sommes allés à Kerampir voir les pauvres malheureux et leurs familles. Nous avons été revoir le capitaine allemand pour essayer de savoir si l'on ne pourrait pas quitter Bohars, qui est en première ligne mais il a assuré que les Américains ne le voulaient pas. Les installations allemandes de défense de Kerognan ont été parait-il démolies. Suis allé, malgré tout, à Kerampir pour les prières devant les victimes avant I'enterrement. Bombardement de plus en plus fort et, vers 5 heures, une bombe a éclaté très près du château. Heureusement nous étions tous dans la cave, car on n'avait pas termine le travail de la mise en bière. Tout a été complètement démoli dans la cuisine, la salle a manger de l'amiral, sa bibliothèque, etc. Quel triste état ! L'interprète allemand, que je connaissais, a été tué net. Chez Abarnou et chez Cabon le foin et le bois ont été brûlés.

Mercredi 6 septembre. Louis Appere nous a annoncé que la maison de Jean Feillard, de Kerguillo, a été brûlée. Voici les personnes qui se trouvent chez M.Salaun : Prosper Salaun, maire, sa dame et sa fllle; M et Mme Gelebart, Mme Vve Salaun, Françoise et Louis, Mlle Annie, Mme Bellee, Mme Gestin, M.Simon et ses deux filles, Louis Bloas, Jeanne Tanguy, son père et sa mère, moi, amiral et amirale Odend'hal, leur bonne Antoine Drogou et sa dame Celeste Le Bihan. Vers 6 heures du soir, arrivée des Américains à Bohars.

Jeudi 7 septembre. On a décidé de faire partir tous les habitants de Bohars: la presque totalité n'a pas hésité à s'en aller ou à pied ou dans des autos américaines.

Vendredi 8 septembre. Suis allé au Folgoet remercier la sainte Vierge d'avoir exaucé les prières de notre neuvaine pour notre délivrance.


 
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